jeudi 31 juillet 2008

Far away to myself in København



Je passe mon temps devant mon écran. Je suis allé en vitesse à la plage. J'ai vu un truc qui cramait au loin et un abruti de calaisien qui disait que c'était là où sont les immigrés et que comme ça ils ne reviendront plus. Alors, accuser les immigrés d'aussi loin (j'étais à Blériot) alors que finalement, ça brûlait au port, c'est déjà pas génial. Ensuite, croire que ça va les faire repartir, ça l'est pas tellement plus. Bref, j'essaie de chercher des vols pas chers pour la Scandinavie. J'ai un moment pensé à l'option bus (départ Paris à 19h, arrivée Kolding à 11h le lendemain...) puis à l'option train (Paris - Oslo en 27 heures avec changement tous les trois heures...) mais ça revient au même prix pour des heures de transpiration.
J'ai reçu un mail d'une ferme Norvégienne ce matin, pas loin d'Oslo, prête à m'accueillir quelques jours. Alors depuis ce matin, je ne pense qu'à ça, et à comment je vais bien pouvoir faire.

Bruxelles - Copenhague puis Copenhague - Oslo (moins cher que Paris - Oslo). 10 jours là-bas puis retour à Copenhague, direction Odense (qui se prononce assez sèchement [Oune-seuh]) puis Svenborg. Me resterait que vingt minutes de bus et dix kilomètres à pattes, un gros sac sur le dos.

J'étais allé une vingtaine de jours au Danemark l'année dernière ; j'étais parti sur un coup de tête parce que je me faisais chier à Calais. Tout seul, parce que c'est le meilleur moyen de ne pas être trop chargé : quand on est seuls, l'on est responsable que de soi. Être avec quelqu'un, c'est prendre le risque qu'il soit déçu, c'est charger sur son dos la responsabilité de l'autre (je ne vous parle pas de ses envies et de l'affreuse peur qu'il s'ennuie). Je me levais assez tôt, je bossais toute la journée, et je mangeais avec eux le soir, puis je buvais une bonne bière écolo avec quelqu'un de la communauté. Tout seul, c'est aussi le moyen de rencontrer des gens, d'aller vers les autres.
J'étais effrayé à l'arrivée à Kastrup, l'aéroport de Copenhague. Langue illisible, panneaux incompréhensibles. Mais je l'avais mérité. J'ai un peu soufflé, un peu déprimé, avant de me dire que je m'étais mis dans la merde tout seul au final. J'avais plus le choix alors j'ai pris un train presque au hasard, puis un autre. Je ne savais pas vraiment où j'allais, j'avais même pas étudié les cartes, je connaissais le Danemark que de souvenir (2-3 voyages en Suède avec papa-maman). J'ai fini par être repêché par un mec de la communauté, qui m'avait reconnu (je leur avais envoyé une photo de moi), qui passait là par hasard, et qui m'a un peu sauvé la mise.

J'ai vomi à la fête du village de Hundstrup.

Une fois, j'étais entré dans un tracteur. Je n'ai pas réussi à le ré-ouvrir. Je ne sais pas combien de temps je suis resté à l'intérieur. La seule chose que je sais, c'est que le soleil avait eu le temps de bien bouger avant qu'un mec ne vienne m'ouvrir...

mercredi 30 juillet 2008

La bedaine, le gros roux, et le fruit des entrailles de sa grosse (Chronique balnéaire)


Sangatte, sur le grand escalier qui croque la dune. J'accroche difficilement mon vélo à un poteau ; là passe un grand gros roux, maillot du RC Lens, barbe rouge de trois jours ; dans ses pattes, un petit mioche blond qui pleure. Jusqu'à une ultime concentration au sommet :

- Y'a de la merde à terre. Faut pas marcher dedans.
- Pourquoi ?
- Ba parce qu'après tu vas être sale et tu vas puer

- Qui ? Moi ?

Sandales romaines


Mon père a eu une nouvelle manie. C'était pour mon grand-père à la base, avant que mon père ne se rende compte qu'il ne faisait pas du 46. Je vais à la plage là, et je redoute vraiment. Pire que le regard des petits vieux sur mes dreadlocks, le regard des jeunes sur mes sandalettes.

lundi 28 juillet 2008

L'homme est égoïste, l'homme recherche le profit, et bla bla bla, et bla bla bla


Deux blagues grecques avant d'écrire un truc emmerdant (il fait orage, je suis allé à la plage, et quand j'ai vu le ciel noir vers là où j'habite, je suis sorti dare-dare de l'eau ; comprenez : je n'ai rien à faire). Toujours tirées (les blagues) du Philogelos à 3 euros :
- n°235 : c'est un homme ayant mauvaise haleine qui rencontre un médecin et qui dit : docteur, regardez ! j'ai la luette qui est descendue. Sur quoi, il ouvre la bouche. Le médecin détourne alors la tête en disant : ce n'est pas ta luette qui est descendue, c'est ton anus qui est remonté...
- n°231 : c'est un homme ayant mauvaise haleine qui, voulant mourir d'une mort toute personnelle, s'enveloppe la tête dans un linge et ouvre grand la bouche.

Plus sérieusement maintenant : mon frère me racontait que son cours d'économie de Sciences Po avait commencé d'une pareille manière : alors, d'abord qu'est-ce que l'économie ? C'est la science du comportement humain.
Ce qui est gênant ici, ça n'est pas qu'on tienne une position aussi pleine et décomplexée dans un si saint lieu, ça n'est pas non plus qu'on dise cela à des étudiants du haut d'une estrade (l'estrade, ça n'est rien d'autre que le savoir, ou sa préfiguration), c'est qu'on finisse par la dire comme si elle était une évidence, comme si elle n'avait rien de problématique, comme si enfin, on pouvait jeter anthropologie (qui pourtant devrait légitimement et étymologiquement supporter le poids d'être garante d'un savoir sur l'homme), sociologie, psychologie à la poubelle, peut-être même faire mine qu'il n'y a au sein de ces disciplines plus aucun débat, que la conclusion est univoque, que les spécialistes, après deux milles cinq cents ans de débat, ont trouvé la réponse à la question : qu'est-ce qui motive l'homme ? plus largement, qu'est-ce qui, au fond du fond, nous anime ?

Je ne veux pas chercher à affronter une théorie du choix rationnel, d'abord parce que je n'en serai pas capable, ensuite parce que, contrairement à ce que l'on pourrait croire, le débat n'est pas clos, et affreux paradoxe, l'homme ne semble pas être complètement rationnel, ou en tout cas, dire qu'il y a congruance entre comportement de choix et comportement économique est TRES problématique. Simple retour de flamme : le slogan vivre d'amour et d'eau fraîche, qui est certes une sorte d'idéal quasi-irréalisable, témoigne d'une préférence non-rationnelle. On trouvera certainement sur terre, un exemple (n'en serait-ce qu'un) qui invaliderait l'idée que tout comportement humain se fait dans un haut degré de calcul et de rationalité : Diogène ou votre pote qui préfère sa dulcinée à tous des plans de carrière minables (et il a sûrement, à court terme, puisque c'est à court terme qu'il réfléchit [qu'il fait des choix] RAISON). Alors, non, l'économie n'est sûrement pas la science du comportement humain. Peut-être celle de quelques personnes sur terre.

Quand je préparais ma candidature pour Paris, j'étais allé voir un prof qui me présentait un peu la philosophie cognitive avec quelques idées. L'une d'entr'elles, je la trouvais vraiment marrante, et je ressortai de son bureau en me disant merde, il a raison.
L'idée à laquelle vous tenez le plus (je suis sûr/certain que alpha) est l'idée sur laquelle vous mettrez naturellement le plus d'argent en jeu.
En sortant, je m'étais mis à croire que la certitude, que la conviction, que la force qui existe entre un individu et une position (j'aime bien appeler ça doxastique, ça évite d'adopter un point de vue objectivant ou subjectivant. Doxa-stique, ou ensemble des idées qu'un individu tient pour vraies, et ensemble des idées qu'il tient pour fausses) peut s'exprimer en des termes de profit. Plus le profit est important, plus la tension entre l'individu et la position est forte, plus il sera enclin à dire je pense que ceci ou cela. J'ai, je l'avoue, mis un petit moment à comprendre qu'on pouvait remplacer argent par chocolat, strip-teaseuses, douche bien chaude, bref, tout ce que l'homme peut désirer, en général.

Je sais, c'est brouillon et pourtant, ça peut se résumer en une petite phrase : méfions-nous des idées sur LA nature humaine.

dimanche 27 juillet 2008

samedi 26 juillet 2008

259


C'est un homme spirituel qui revient d'un voyage au cours duquel il a développé un oedème aux testicules. Quand il rentre chez lui, sa femme lui demande ce qu'il a ramené : pour toi personnellement, rien, répond-il, mais pour tes cuisses, un coussin.
Philogelos, Editions Mille et Une Nuits, 3 € (et au moins 3 de trop)

vendredi 25 juillet 2008

L'obésité est une bonne chose car les enfants gros sont plus durs à kidnapper


J'écoute Sale Petit Bonhomme de Brassens, en boucle. C'est la chanson de rupture la plus belle du monde. Je la chante les larmes aux yeux dans ma salle de bain. Je n'aimais pas trop Brassens avant. Je préférais lire du Rimbaud, écouter Nirvana, et presque croire que Cobain était un Rimbaud. Cobain n'avait rien de Rimbaud, peut être juste le même genre de vie merdique (comme Nietzsche et Kierkegaard). Maintenant, je lis Verlaine, j'écoute Brassens, je feuillette même parfois le Musset que m'a offert M. lorsqu'elle était passée par hasard par Lille, entre deux longs voyages en Allemagne. J'avais appris par coeur La Bonne Chanson en octobre dernier, pour la chanter sur du ukulélé, l'encoder vite fait en *.mp3 et l'offrir en gage à B., comme les 3/4 des chansons que j'ai faites. Je ne sais pas faire de la musique, mais j'ai l'affreuse prétention de croire que mes petites chansonnettes ont un soupçon d'âme. Mais je suis fâché contre elle ce soir, pour encore au moins deux semaines. Même si mon portable vibrait il y a quelques instants, même si s'affichait son numéro que j'ai effacé tant de fois, mais que je connais par coeur depuis longtemps.

Un jour, je me suis vomi dessus. Dans le parc Richelieu. Je rivalise de tare avec les mendiants.

Aujourd'hui, j'ai voulu lober le gardien, j'ai foutu le ballon dix mètres au-dessus, il est tombé dans l'eau de la citadelle. Mais ça coûte trop cher d'aller chercher un bateau. Alors je me suis dépêché en vélo, en acheter un autre. Vingt euros, un de l'UEFA, un tchou bio. Après, je suis allé à la plage. Mais pas me baigner. Et en fait, je suis musclé (quand même).

Je vais être (normalement) publié en janvier 09. Pour un petit article sur un bouquin de Albino Lanciani. Il y flingue les sciences cognitives. Je vais devoir le cacher aux gens de l'EHESS, leur dire que c'est l'erreur de jeunesse qu'on fait tous. Je pensais aller voir Dan Sperber avec tous les arguments de Lanciani, et de lui demander de le flinguer en retour. Que mon article ait quelque chose de neutre, qu'on me fâche pas avec les phénoménologues, qu'on laisse ma nouvelle petite carrière intellectuelle de naturaliste-cogniticien durer encore quelques mois.

Mais j'aurais sans doute oublié ces histoires, si je n'avais pas à renouveler la première page de mon blog.

Le nouveau détective

jeudi 24 juillet 2008

Monster in Love


Je veux habiter en Suède, être avec une fille que j'aime, et bosser quelques heures par jour. J'oublie même le coca-cola s'il faut que ce soit simple, claire, que ça fasse comme un joyeux petit motto. A girl, a worthy job, and a great great landscape where I could be lonesome like a cowboy two hours a day.
J'ai affreusement peur de devenir marginal. Je suis content d'avoir échoué dans tous mes projets musicaux et artistiques en général, d'avoir été chaque fois trop nul, de n'avoir pas été ce fittest qui gagne à la sélection. Je ne pourrais jamais devenir artiste, et même si j'avais un talent. Les artistes ont trop le temps de penser. Ils en oublient presque de vivre.
Je n'ai pas envie de dire que dans ma psyché, je me montre au doigt.
J'ai juste envie de m'amuser, de plaire, et qu'on me plaise, de ne jamais me lasser, et qu'on ne se lasse jamais.
J'ai envie de dire sur mon lit de mort la même chose qu'avait dit Wittgenstein sur le sien : j'ai eu une vie formidable.
J'ai envie que Maxime Carpentier fasse un salto avant que je meure. J'ai aussi envie qu'il meure avant moi, pour avoir le tendre plaisir de son enterrement. Et là, de rire très fort, parce que c'était vraiment le roi des cons.
J'ai une peur affreuse de perdre quelques personnes, de ne pas les voir dessiner les contours de ma vie. Poil au...

Le premier rasoir de Natacha (II)


Les filles le savent. Il suffit toujours d'une seule fois : la bagnole qui vient vous manger la gueule, un clodo qui vous prend près de la terrasse d'un café vermiteux et qui vous emmène vers plus miteux encore, un coup de poing au coeur qui vous fait devenir l'esclave d'un être trop différent.
Natacha n'a pas utilisé de mousse. Elle s'était éraflée la lèvre. Le sang coulait dans le lavabo. Mais douce consolation, avait disparue la petite laine qui logeait sous sa truffe.
Elle avait si bien dormi ce soir-là qu'elle n'avait pas même pleuré son amour perdu.

Mais les histoires,
Avec un mot en -oir
Finissent mal,
En général.

C'était devenu dru.

Quel plaisir de lui dire le lendemain : "MAIS TU PIQUES PETITE SALOPE !"

Le premier rasoir de Natacha (I)


Quand elle eut dix-sept ans, que du duvet un peu jaune vint se poser juste dessous son nez, Natacha s'attardait de longs soirs à déplier, replier puis ranger les quelques poils qui lui gâchaient bientôt la frimousse.
Sa mère n'en disait presque rien. Elle avait elle aussi une jolie petite moustachette qu'elle dissimulait sous quatre grammes de fond de teint. Et puis les vieux s'en foutent, les maris passent leur langue dessus parfois. Il y a la petite mort qui vient sonner près du bas ventre, mais il y en a encore une plus petite juste en dessous du museau.
Mais moi je n'aime pas cela. Je n'aime pas Natacha ainsi. Je ne l'aime pas du tout d'ailleurs, elle et son teint blanc-mort, sa voix claire comme le cri d'un chat émasculé.

Hier, je lui ai offert son premier rasoir.