
Deux blagues grecques avant d'écrire un truc emmerdant (il fait orage, je suis allé à la plage, et quand j'ai vu le ciel noir vers là où j'habite, je suis sorti dare-dare de l'eau ; comprenez : je n'ai rien à faire). Toujours tirées (les blagues) du Philogelos à 3 euros :
- n°235 : c'est un homme ayant mauvaise haleine qui rencontre un médecin et qui dit : docteur, regardez ! j'ai la luette qui est descendue. Sur quoi, il ouvre la bouche. Le médecin détourne alors la tête en disant : ce n'est pas ta luette qui est descendue, c'est ton anus qui est remonté...
- n°231 : c'est un homme ayant mauvaise haleine qui, voulant mourir d'une mort toute personnelle, s'enveloppe la tête dans un linge et ouvre grand la bouche.
Plus sérieusement maintenant : mon frère me racontait que son cours d'économie de Sciences Po avait commencé d'une pareille manière : alors, d'abord qu'est-ce que l'économie ? C'est la science du comportement humain.
Ce qui est gênant ici, ça n'est pas qu'on tienne une position aussi pleine et décomplexée dans un si saint lieu, ça n'est pas non plus qu'on dise cela à des étudiants du haut d'une estrade (l'estrade, ça n'est rien d'autre que le savoir, ou sa préfiguration), c'est qu'on finisse par la dire comme si elle était une évidence, comme si elle n'avait rien de problématique, comme si enfin, on pouvait jeter anthropologie (qui pourtant devrait légitimement et étymologiquement supporter le poids d'être garante d'un savoir sur l'homme), sociologie, psychologie à la poubelle, peut-être même faire mine qu'il n'y a au sein de ces disciplines plus aucun débat, que la conclusion est univoque, que les spécialistes, après deux milles cinq cents ans de débat, ont trouvé la réponse à la question : qu'est-ce qui motive l'homme ? plus largement, qu'est-ce qui, au fond du fond, nous anime ?
Je ne veux pas chercher à affronter une théorie du choix rationnel, d'abord parce que je n'en serai pas capable, ensuite parce que, contrairement à ce que l'on pourrait croire, le débat n'est pas clos, et affreux paradoxe, l'homme ne semble pas être complètement rationnel, ou en tout cas, dire qu'il y a congruance entre comportement de choix et comportement économique est TRES problématique. Simple retour de flamme : le slogan vivre d'amour et d'eau fraîche, qui est certes une sorte d'idéal quasi-irréalisable, témoigne d'une préférence non-rationnelle. On trouvera certainement sur terre, un exemple (n'en serait-ce qu'un) qui invaliderait l'idée que tout comportement humain se fait dans un haut degré de calcul et de rationalité : Diogène ou votre pote qui préfère sa dulcinée à tous des plans de carrière minables (et il a sûrement, à court terme, puisque c'est à court terme qu'il réfléchit [qu'il fait des choix] RAISON). Alors, non, l'économie n'est sûrement pas la science du comportement humain. Peut-être celle de quelques personnes sur terre.
Quand je préparais ma candidature pour Paris, j'étais allé voir un prof qui me présentait un peu la philosophie cognitive avec quelques idées. L'une d'entr'elles, je la trouvais vraiment marrante, et je ressortai de son bureau en me disant merde, il a raison.
L'idée à laquelle vous tenez le plus (je suis sûr/certain que alpha) est l'idée sur laquelle vous mettrez naturellement le plus d'argent en jeu.
En sortant, je m'étais mis à croire que la certitude, que la conviction, que la force qui existe entre un individu et une position (j'aime bien appeler ça doxastique, ça évite d'adopter un point de vue objectivant ou subjectivant. Doxa-stique, ou ensemble des idées qu'un individu tient pour vraies, et ensemble des idées qu'il tient pour fausses) peut s'exprimer en des termes de profit. Plus le profit est important, plus la tension entre l'individu et la position est forte, plus il sera enclin à dire je pense que ceci ou cela. J'ai, je l'avoue, mis un petit moment à comprendre qu'on pouvait remplacer argent par chocolat, strip-teaseuses, douche bien chaude, bref, tout ce que l'homme peut désirer, en général.
Je sais, c'est brouillon et pourtant, ça peut se résumer en une petite phrase : méfions-nous des idées sur LA nature humaine.
